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Le monde d'après aura besoin du nucléaire

  • 03.06.2020

La crise sanitaire actuelle aura des conséquences économiques, sociales et politiques profondes qu’il est difficile encore d’appréhender alors que l’actualité reste concentrée sur l’urgence des mesures de santé publique et de préservation du corps social. Mais alors que la France, et plus largement l’Europe, s’engagent dans le déconfinement de sa population, nous devons être conscients que les importants plans de relance en préparation pour sortir de la récession vont structurer nos économies et donner forme au monde dans lequel nous allons vivre, durablement.

Quelles priorités pour la relance ?

Dans ce contexte, qui reste marqué par de nombreuses incertitudes, quelles doivent être les priorités de la relance ? Quels sont les critères auxquels nous ne devons pas déroger ? Le président de la République et le gouvernement en ont esquissé les grandes lignes : réindustrialiser notre territoire, assurer notre sécurité d’approvisionnement en matière de biens de première nécessité et notre souveraineté nationale dans les secteurs stratégiques. Ceci pour répondre aux besoins fondamentaux des populations et garantir leur sécurité et leur santé, et ce, malgré des bouleversements majeurs, encore inimaginables il y a quelques mois.

Une stratégie du temps long, dans laquelle la lutte contre le changement climatique devra rester une priorité. Car si les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser, selon le Haut Conseil pour le climat, entre 5 % et 15 % sur l’année 2020 en France à l’aune de la crise actuelle, cette baisse restera bien inférieure à ce qui est nécessaire pour espérer atteindre un jour l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Opportunité majeure

La dynamique est déjà engagée. Nous travaillons à l’optimisation de la constructibilité du réacteur depuis plusieurs années et avec le plan Excell, notre filière a entrepris un profond travail de refonte industrielle qui lui offre les leviers indispensables pour maîtriser le développement de ce nouveau projet. Le dossier que nous préparons sur les éléments techniques, le calendrier, les financements que nécessiterait un tel programme industriel, attendu pour mi-2021, peut être finalisé rapidement.

Nous aurons besoin de ces nouveaux réacteurs, quoi qu’il arrive, pour disposer d’une production stable et décarbonée dans le mix électrique à long terme et renforcer la souveraineté industrielle de la France et de l’Europe. Pour se donner les moyens de garder tous les leviers pour décider dans quinze ans d’une nouvelle évolution de notre mix énergétique, avec un nucléaire performant, des énergies renouvelables et des moyens de stockage d’électricité, voire de nouvelles solutions qui pourraient émerger d’ici là.

A chaque grande crise, l’investissement dans les infrastructures, notamment dans le secteur de l’énergie, a constitué une opportunité majeure de relance voire de reconstruction. La France dispose, avec sa filière nucléaire, d’un atout pour envisager une relance industrielle et économique cohérente avec ses objectifs climatiques. Nous sommes prêts à relever le défi. Beaucoup de choses doivent changer. C’est urgent. Toutefois, si nous voulons que ce monde d’après soit résilient et écologique, tout en maintenant un niveau de vie acceptable pour chacun, nous ne pourrons nous passer de l’énergie nucléaire.

Indépendance énergétique

Le secteur de l’énergie, de par sa nature, se confronte chaque jour à ces questions. Les réflexions engagées depuis plusieurs années pour réduire de manière globale les émissions de gaz à effet de serre et construire des modèles énergétiques durables trouvent dans la crise actuelle la confirmation de leur pertinence et de leur légitimité. Crise épidémique et crise climatique ont en effet en commun de mettre en exergue la nécessité de protéger les biens publics mondiaux, au risque sinon de graves dommages humains, sociaux, économiques.

Il est urgent d’aller plus loin. Grâce à son industrie nucléaire, la France dispose sur son sol des moyens pour un approvisionnement stable et continu en électricité, contribuant ainsi à la souveraineté énergétique du pays quelle que soit la situation mondiale. De fait, grâce aux choix pris en leur temps pour gagner en indépendance énergétique face au pétrole et à l’épuisement des réserves de charbon, la France dispose des structures capables de produire, de manière stable, en continu, l’électricité nécessaire à tous les aspects de notre vie, à commencer par le fonctionnement des hôpitaux, du secteur agroalimentaire, du secteur industriel, des entreprises et de chacun des foyers français.

De fait, face à des circonstances inimaginables il y a quelques mois, la filière nucléaire française a montré sa résilience : elle a tenu son rôle de premier producteur d’électricité en France et garanti la stabilité du réseau. Grâce aux dispositions mises en place, elle a pu assurer ses missions d’intérêt général, en toute sûreté, à tout moment et pour tous les Français.

Au-delà de la crise sanitaire actuelle, le nucléaire a également plus que jamais un rôle à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. La consommation mondiale d’électricité va continuer à augmenter dans les prochaines années malgré les efforts indispensables en matière d’efficacité énergétique. Le monde d’après nécessitera de l’énergie pour alimenter les industries, et les aspects les plus élémentaires de nos vies : se chauffer, se déplacer, se nourrir, se soigner…

Refonte industrielle

L’énergie du monde d’après devra donc être faiblement émettrice de CO2. En effet, l’excès des émissions de CO2 est la cause principale du réchauffement climatique. Il est donc urgent de les limiter. Rappelons seulement qu’en plus d’assurer l’indépendance énergétique de notre pays, l’électricité d’origine nucléaire, avec environ 12 g de CO2 par kilowattheure émet 40 fois moins de CO2 que le gaz et 60 fois moins que le charbon, et même 4 fois moins que le solaire (Source Giec).

L’industrie nucléaire doit donc être un des moteurs d’une relance, qui, contrairement à celle de 2008, ne verrait pas la courbe de la croissance repartir en même temps que celle des émissions de gaz à effet de serre. Elle s’appuie sur un large tissu industriel, impliquant plus de 3 000 entreprises à forte valeur ajoutée et donc de développement économique futur (dont plus de 80 % de PME et ETI) représentant plus de 220 000 emplois en France et plus d’1,1 million dans l’Union européenne. L’industrie nucléaire est déjà pourvoyeuse d’une activité régulière grâce à l’exploitation du parc actuel. Le Grand carénage est aujourd’hui une source essentielle d’activités pour près de 1 000 entreprises prestataires, alors que son enveloppe globale, financée intégralement par EDF, s’élève à 48 milliards d’euros.

Plusieurs autres projets majeurs constitueraient des atouts significatifs pour soutenir la relance de l’activité économique de notre pays. En particulier, le lancement d’un programme de construction de nouveaux réacteurs EPR en France a vocation à constituer un moteur significatif dans la politique de réindustrialisation du pays et à répondre à la préoccupation, ravivée par la crise, de maîtrise et d’autonomie pour nos secteurs vitaux. Il permettrait de déclencher auprès des banques les financements indispensables pour moderniser nos usines et répondre aux commandes à venir, en rassurant sur les plans de charges. Ses retombées se traduiraient en milliers d’emplois directs et pourraient contribuer à la survie de nombreuses entreprises.

Cette tribune a  aussi été publiée dans l'Opinion

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